Après la panique du lundi, nous avons vécu la sérénité du mardi. La plupart des indices mondiaux terminaient en hausse après le report de la mise en place des droits de douanes Made in Trump. Ça, c’était la chose principale qu’il fallait retenir. On notait aussi que la réplique des tarifs douaniers imposés par la Chine n’a pas fait broncher les indices américains. Après les solutions trouvées ultra-rapidement sur les cas du Mexique et du Canada, le monde merveilleux de la finance s’attend à des solutions tout aussi rapides du côté de la Chine. On s’attend d’ailleurs à une conférence téléphonique entre Xi et Trump d’un jour à l’autre. Pour le reste, place aux trimestriels.

L’Audio du 5 février 2025

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La valse de la volatilité

Je dois dire que je suis impressionné d’une chose : c’est notre capacité à paniquer le lundi, à faire exploser la volatilité tout en faisant des calculs angoissants sur l’avenir de la consommation et de l’inflation. Alors que 24 heures plus tard parce que 10’000 soldats et un gros milliard vont empêcher le trafic de drogue au Nord et au Sud des États-Unis – enfin, surtout le Fentanyl, parce que la Coke, ça fait longtemps que c’est dans les mœurs – le marché rebondit avec une sérénité tellement impressionnante que l’on dirait que le taux de chômage est à 2%, que la FED vient de baisser les taux à 2.5% et que Powell est venu l’annoncer déguisé en colombe, histoire de rendre les choses plus détendues. En l’espace de 24 heures nous sommes passés des larmes au rire sans que cela choque qui que ce soit. Et en plus, c’est la deuxième semaine de suite qu’on nous fait le coup.

La volatilité est de retour autour des 17% et on attend juste de voir comment Trump va régler ses problèmes avec la Chine. Mais une chose semble intégrée dans l’esprit des traders : ça va bien se passer. Bon, après on a quand même deux ou trois problèmes, puisque la vedette des actions liées à l’intelligence artificielle, Nvidia, a quand même de la peine à se remettre de l’affaire DeepSeek et le graphique a vraiment une sale gueule. D’ailleurs on sent quand même bien que l’IA est un argumentaire qui marche un peu moins bien. Il fonctionne toujours, mais un peu moins bien. Même si Palantir aura tout de même été une des valeurs de la séance d’hier et qu’ils ont largement mentionné la chose dans leurs publications trimestrielles. L’investisseur devient prudent et sélectif sur le sujet et Nvidia est un gros problème actuellement, même si tout le monde veut l’acheter sur faiblesse. La question reste de savoir quand est-ce que la force va revenir.

La douane

Quoi qu’il en soit, si l’on devait résumer la séance d’hier, on aurait simplement pu dire que l’on reprend notre « business as usual », tout en digérant tranquillement la thématique des droits de douanes. Tout comme nous avions « tranquillement » digéré DeepSeek la semaine dernière. Hier le S&P500 a terminé au-dessus des 6’000 points – à 6’037 pour être précis et nous ne sommes qu’à 91 points d’un nouveau record historique. L’indice élargit américain vient dont de se prendre de plein fouet :

– La mise en doute de son hégémonie sur l’intelligence artificielle
– La thématique des droits de douanes qui pourrait faire monter l’inflation et mettre à mal le consommateur
– Et est en train de comprendre que dans cet environnement, la FED n’est pas près de baisser les taux. Nous ne sommes pas encore à l’éventualité d’une hausse pour freiner l’inflation, mais on garde ça pour le printemps

Mais malgré ces nouvelles qui sont difficiles à classer dans la catégorie « excellentes nouvelles qui donnent envie de vendre mes enfants pour acheter le marché », le marché n’est qu’à quelques encablures des records historiques. Et c’est valable pour le Dow Jones, le Nasdaq ou le DAX. Finalement le seul truc qui pêche, c’est le SOX qui n’arrive plus à aller en avant et qui reste coincé dans son canal latéral en attendant qu’on lui montre la sortie. Vers le haut ou vers le bas. Au vu des chiffres d’AMD publiés hier soir, on peut commencer à se dire que l’on va tester les bas.

Les chiffres du trimestre

Au milieu de ces marchés qui offrent un tout autre visage que celui qu’ils montraient lundi matin, il faut dire qu’il y a tout de même une avalanche de nouvelles à traiter en même temps et que l’on dit toujours « UN MARCHÉ ». Un marché, ce qui veut dire que c’est masculin et si je ne me trompe, les hommes ne sont pas trop connus pour être capables de gérer plusieurs choses en même temps – mis à part les boutons de la manette de la PlayStation ou de la Xbox, bien sûr. Il faut donc bien admettre que les journées sont longues et compliquées lorsqu’il faut gérer les multiples communications de Trump qui semble avoir un don d’ubiquité tellement il est partout en même temps sur tous les sujets, qu’il faut en soupeser les conséquences économiques, politiques et inflationnistes. Et qu’en plus, il faut trouver le temps de manager sans coup férir les publications trimestrielles qui inondent tellement les médias en ce moment qu’on se croirait dans un village du Nord de la France qui subit sa huitième crue de l’année.

Alors vue que ce matin, le marché se résume à attendre le coup de fil de Xi Jinping à Trump et à interpréter les chiffres du trimestre, on va essayer de faire le point sur ce qui est sorti sur les dernières 24 heures, histoire de voir comment les intervenants interprètent la chose. Non, parce que je crois qu’aujourd’hui nous pouvons classer l’interprétation des chiffres trimestriels dans quatre grandes catégories qui ont toutes leur résultante finale.

– La première catégorie c’est la catégorie des boîtes qui ont tout fait mieux que les attentes, mais qui ont UN poste des résultats qui est en-dessous des attentes et c’est très exactement là-dessus que l’on va se concentrer pour vendre le titre massivement en se répétant que « quand même, comment ils ont pu rater ça !!! ». C’est le cas de Microsoft ce trimestre.
– La seconde catégorie c’est la catégorie des sociétés qui font tellement mieux que les attentes, mais en même temps comme on ne comprend rien à leur business, on se raccroche à la conférence de presse du CEO ou du CFO pour acheter ou vendre comme des malades. Petit indice, si l’on ne comprend rien au business plan et que le management mentionne le mot INTELLIGENCE ARTIFICIELLE dans son discours, il faut ACHETER massivement. C’est le cas de Palantir ce trimestre.
– La troisième catégorie c’est les boîtes qui AVAIENT annoncé il y a trois mois qu’ils étaient trop forts et que l’avenir se présentait sous les meilleurs auspices et que ça allait rigoler et qui sortent des chiffres pas extraordinaires aujourd’hui, tout en déclarant qu’ils naviguent à vue dans le brouillard et qu’ils ne savent même pas s’ils volent sur le dos ou pas. C’est des résultats qui poussent à la vente et c’est le cas d’AMD ce trimestre. Ou de Julius Baer.
– La quatrième catégorie c’est les sociétés qui font plus ou moins tout juste, qui sont au-dessus des attentes sur tous les plans, qui sont leaders dans leur business qui gèrent les coûts au millimètre, qui voient l’avenir en rose et qui rachètent leurs propres actions comme si ça ne coûtait rien. En général, ce genre de valeur se fait immédiatement défoncer – parce que tu comprends, faut bien prendre les profits de temps en temps et c’est le cas de l’UBS hier…

Nous allons essayer de survoler rapidement les quelques résultats qui ont été publié hier, en faisant vite et sans trop s’attarder sur les chiffres, mais plus sur la perception du marché, parce qu’entre vous et moi, ça nous fait une belle jambe d’avoir une société dans nos portefeuilles qui fait tout juste sur le papier, mais qui est détestée par le marché. La question n’est pas de connaître la qualité des chiffres, mais plutôt de comprendre ce que « Mister Market » veut bien en faire.

Les chiffres de la veille et du soir

On commence donc avec Dassault Systems qui ont fait mieux que les attentes et qui montait principalement parce qu’ils ont annoncé un projet dans l’intelligence artificielle. Et c’est l’exemple parfait, parce quand tu lis le communiqué de presse, tu n’y comprends rien, mais tant que c’est de l’IA, c’est que c’est bien. Le titre prenait près de 9%. C’était le Palantir français hier. Après il y a eu Pepsi qui a sorti des chiffres meilleurs que les attentes au niveau du bénéfice, mais qui étaient en baisse de 0.2% sur les revenus. C’était donc une déception et le titre perdait 4.5%. Il y a également Spotify qui a vécu en « moment Netflix », puisqu’ils ont annoncé des chiffres supérieurs en termes de souscription. On se fout pas mal des revenus et du bénéfice, tant qu’il y a plus d’abonnés. Spotify prenait 13%. Merck s’est vautrée de 9.1% après avoir annoncé un bénéfice qui a battu les estimations des analystes, mais a fourni des prévisions qui n’ont pas été à la hauteur des attentes. Vous voyez, c’est mieux mais comme on vole à vue et qu’il y a du brouillard, c’est pas simple.

Hier après-midi, il y avait la publication préférée des complotistes. Les chiffres de Pfizer. Le géant pharmaceutique a publié un bénéfice qui était nettement supérieur aux attentes. 63 cents par action contre 46 cents attendus par les Dieux de la finance. Et ils ont réaffirmé leur guidance. Le titre était en baisse de 1.3% parce que – pas de bol – le Sénat est en train de confirmer Robert Kennedy comme Ministre de la Santé et que tout le monde sait qu’il va vouloir leur faire la peau. Ensuite, hier soir après la clôture, nous avons eu droit à AMD, Google, Chipolte et Amgen. Il y en avait d’autres, mais si je passe le tout en revue, je publie ma chronique à 20h00 ce soir et ça n’apportera plus grand-chose. AMD a publié des chiffres qui étaient supérieurs au consensus – mais pas supérieur au point de se rouler par terre. Pourtant, avant la publication, le titre était en hausse 5% et tout semblait se dérouler sans accroc et puis AMD a annoncé qu’ils réaffirmaient leurs attentes pour l’avenir – ce qui était bien aussi – et puis ils ont conclu en disant « qu’en revanche, ils ne publieraient plus de prévisions sur les revenus générés par les puces dédiées à l’intelligence artificielle ». Pas bon ça. Pas bon du tout.

Suite des chiffres

Le titre s’est fait déglinguer de 10%. Soit 15% par rapport au plus haut de la séance et au plus bas de l’after-close. Ça représente 30 milliards de market cap qui s’est volatilisé en 15 minutes. Il faut dire que quand tu as un produit magique qui te génère des montagnes de revenus, comme, par exemple, la puce Blackwell magique de Nvidia, tu as tendance à vouloir chauffer tout le monde. En revanche, quand tu ne veux plus rien dire, ça veut sûrement signifier que t’as des trucs à cacher. Et c’est que les gens pensent sur AMD. Après AMD, il y a eu Google. Alors eux on fait globalement mieux que les attentes mais ils ont aussi déçu sur le Cloud, comme Microsoft. Pas besoin de vous faire un dessin, le titre baissait de 7% after close et certains analystes pointaient également du doigt le fait que Google/Alphabet ait annoncé des dépenses à venir dans l’IA, supérieures aux attentes du marché. Il est très drôle de voir que lorsque c’est META qui annonce des dépenses supérieures dans l’IA, c’est génial. Mais quand c’est Google, c’est moins génial. On n’est visiblement pas tous égaux et Zuckerberg est plus égaux que les autres.

Chipolte a sorti des chiffres corrects, mais une croissance des revenus inférieure aux attentes. Le titre perdait 6% after close. Amgen a affiché un bénéfice plus élevé que prévu, les ventes ont augmenté de 11 %, et ils ont annoncé que les études de phase finale du MariTide, un nouveau médicament qui fait maigrir, vont commencer dans le courant du Q2. Ce qui est une super nouvelle, puisque les médicaments contre l’obésité sont un peu l’intelligence artificielle du secteur pharmaceutique en termes de croissance. Le titre aurait donc dû exploser after close. Mais malheureusement, ils ont également déclaré que la FDA avait aussi suspendu un essai de phase initiale d’un autre médicament expérimental pour la perte de poids. BAM. La mauvaise nouvelle efface la bonne nouvelle et le titre ne faisait strictement rien hier soir à 22h00.

Pour le reste

Ce matin le Nikkei est péniblement en hausse, Hong Kong recule de 1.2% et la Chine qui est finalement revenue au travail, recule de 0.8%. Pour le moment, la région est suspendue à la thématique des droits de douane et puis c’est tout. On notera quand même que Toyota vient de foirer totalement son trimestre, le titre est en baisse de 4%. Et on parle du fait que le merger annoncé entre Nissan et Honda serait totalement remis en question. Autrement l’or frise les 2’900$, le pétrole est 72.66$ et le Bitcoin vaut 98’000$. Dans les autres petites nouvelles du jour, on retiendra que Trump veut récupérer la bande de Gaza et développer la région. Il a également proposé que les Palestiniens quittent la région. Je ne suis pas expert, mais c’est sûrement une bonne nouvelle sur le long terme.

Au passage, on signalera quand même que sur les chiffres des JOLTS d’hier, ils sont sortis 400’000 en-dessous des attentes, mais c’est drôle : ABSOLUMENT personne n’en parle. Aujourd’hui nous aurons un paquet de chiffres économiques comme le Trade Balance américain et puis PMI des services et PMI Composite en Europe, ainsi qu’ISM Non Manufacturier PMI aux USA, ainsi que les inventaires pétroliers. Au niveau des publications trimestrielles, il y aura UBER, Disney, Novo Nordisk, Ford, ARM, Qualcomm et en Europe il y aura TotalEnergies. On entend déjà la gauche française qui hurle au scandale sur les dividendes qui seront payés aux actionnaires.

Pour le moment, les futures sont en baisse de 0.48% – la déception Google et AMD devrait se faire sentir sur la tech américaine. Pour le reste, on va attendre le coup de fil entre Trump et Xi. Pour l’instant on ne sait pas quand c’est prévu, ni si ce coup de téléphone sera diffusé directement sur Netflix, nous allons sûrement avoir quelques heures aujourd’hui pour en parler ! D’ici-là, passez une excellente journée et on se voit demain à la même heure et au même endroit pour décortiquer un nouveau pan de la psychologie de ce marché bipolaire !

À demain.

Thomas Veillet
Invesrtir.ch

“A small leak will sink a great ship.” – Benjamin Franklin